2018, São Paulo. Trois adolescents paumés, sentant un « feu vert » dans le discours du président en devenir pour exprimer leur haine, agressent un homosexuel. Ils lui gravent au couteau, sur le torse, un V pour victoire et une croix gammée. Le jeune homme meurt peu après.
2003. Les inspecteurs Mario Leme et Ricardo Lisboa, de la police civile, enquêtent sur le meurtre de Paddy Lockwood, directeur de la British School. Leur hiérarchie souhaite une conclusion rapide et sans
vagues : un cambriolage qui aurait mal tourné sera la version officielle. La police militaire prend le relais, fait une descente dans une favela et arrête un coupable bien commode. C’est là le début d’une incroyable fresque à laquelle participent une myriade de personnages : un ex-agent de la CIA chargé de blanchir de l’argent pour aider l’extrême-droite à asseoir son pouvoir, une enfant des rues qui gravit les échelons d’une organisation mafieuse, l’assistante du maire de gauche et bien d’autres. Tous ces destins sont liés et chacune des intrigues qui irriguent le roman dessinent au final un tableau du Brésil dantesque et vertigineux.
Mêlant fiction et réalité, Joe Thomas réussit un tour de force scénaristique et romanesque dans ce roman noir dense et hypnotique.

Mon commentaire

J'ai trouvé ce roman particulièrement intéressant par sa dimension sociale et politique. Plus qu'un simple polar,  Joe Thomas propose une fresque sombre du Brésil et de son évolution, de l'espoir suscité par Lula jusqu'à l'arrivée de Bolsonaro.

J'ai beaucoup aimé la façon dont São Paulo devient presque un personnage, avec ses quartiers riches, ses favelas et la Cracolândia, révélant de profondes inégalités. le parallèle entre crack, corruption et violence est également très réussi : tout semble contaminer progressivement l'ensemble de la société.
La violence, omniprésente, traduit la dégradation du climat social et politique et la montée de la haine.

J'ai cependant trouvé quelques longueurs, dues au grand nombre de personnages, d'intrigues et de références politiques. L'écriture, assez sèche et factuelle, privilégie davantage la fresque sociale que le suspense.

Au final, je retiens un roman politique et social ambitieux et sombre, plus intéressant par son analyse du Brésil contemporain que par son intrigue policière. Il faut accepter ses longueurs pour apprécier pleinement sa richesse.

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