Assaut contre la frontière

★★★★✩ (4/5)

« Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. Comment pourrais-je vous raconter, vous faire comprendre que je parle comme une enfant la langue qui devrait être la mienne ? Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé. Cette langue, je l’ai cherchée partout. Je l’ai désirée, je l’ai poursuivie, j’ai pu suivre des inconnus dans la rue simplement pour les entendre prononcer ces syllabes familières. Je pourrais aisément reprendre à mon compte les mots de l’écrivaine et peintre libanaise Etel Adnan : “Je me suis retrouvée à la porte de cette langue. Je l’ai érigée en mythe, en une sorte de paradis perdu.” »

Mon commentaire

Dans Assaut contre la frontièreLeïla Slimani livre un essai court mais très personnel sur son rapport à la langue arabe, qu'elle ne parle pas malgré ses origines marocaines. Cette langue absente devient pour elle une sorte de « membre fantôme », symbole d'une histoire familiale marquée par la colonisation, l'exil et les fractures identitaires.
À travers cette réflexion intime, l'auteure élargit son propos aux frontières culturelles, linguistiques et politiques qui peuvent enfermer les individus. Elle défend au contraire une identité plurielle et rejette les assignations identitaires.
J'ai trouvé particulièrement intéressante sa vision de la littérature comme un moyen de franchir les frontières et de se libérer des appartenances imposées. Pour Slimani, écrire permet de créer sa propre langue et de mieux accepter les différentes facettes de son identité.
J'ai apprécié cet essai pour sa sincérité, sa force et son engagement. Malgré sa brièveté, il soulève des questions profondes sur la langue, les origines et l'identité. C'est finalement un véritable plaidoyer pour une littérature ouverte, capable de rapprocher les cultures plutôt que de les opposer.

Avis

Il n’y a pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “Assaut contre la frontière”

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez aussi aimer...