Ame brisée

★★★★✩ (4/5)

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale se réunissent régulièrement au Centre culturel pour répéter. Autour du Japonais Yu, professeur d’anglais, trois étudiants chinois, Yanfen, Cheng et Kang, restés au Japon, malgré la guerre dans laquelle la politique expansionniste de l’Empire est en train de plonger l’Asie.
Un jour, la répétition est brutalement interrompue par
l’irruption de soldats. Le violon de Yu est brisé par un militaire, le quatuor sino-japonais est embarqué, soupçonné de comploter contre le pays. Dissimulé dans une armoire, Rei, le fils de Yu, onze ans, a assisté à la scène. Il ne reverra jamais plus son père... L’enfant échappe à la violence des militaires grâce au lieutenant Kurokami qui, loin de le dénoncer lorsqu’il le découvre dans sa cachette, lui confie le violon détruit. Cet événement constitue pour Rei la blessure première qui marquera toute sa vie...

Dans ce roman au charme délicat, Akira Mizubayashi explore la question du souvenir, du déracinement et du deuil impossible. On y retrouve les thèmes chers à l’auteur
d’Une langue venue d’ailleurs : la littérature et la musique, deux formes de l’art qui, s’approfondissant au fil du temps jusqu’à devenir la matière même de la vie, défient la mort.

Mon commentaire :

Ce roman d’Akira Mizubayashi s’ouvre sur deux récits parallèles.

Le premier se déroule à Tokyo en 1938 : quatre musiciens amateurs – trois étudiants chinois et un Japonais, Yu, accompagné de son fils Rei – répètent de la musique classique occidentale dans un contexte de fortes tensions entre la Chine et le Japon après l’incident de Mandchourie. L’irruption de soldats bouleverse leur vie : Rei, caché dans une armoire sur l’ordre de son père, assiste impuissant à l’arrestation de Yu. Découvert par un lieutenant compatissant, il échappe à la dénonciation et récupère le violon brisé de son père.

Le second récit nous transporte en 1950 à Mirecourt, dans les Vosges, capitale française de la lutherie. On y suit Jacques, luthier, et Hélène, archetier. On découvre peu à peu que Jacques est en réalité Rei, l’enfant marqué à jamais par la perte de son père et l’exil.

À travers cette destinée, le roman explore la mémoire, le déracinement et le deuil, sur fond de politique expansionniste japonaise, du bombardement de Tokyo et d’Hiroshima. La musique et la littérature y occupent une place centrale : elles permettent à Rei de survivre à son traumatisme et de reconstruire son identité.

Le titre Âme brisée renvoie à la fois à l’âme du violon – pièce essentielle de l’instrument – détruite avec le violon de Yu, et à l’âme blessée de Rei. Porté par une écriture poétique et délicate, le roman mêle culture japonaise, réflexion sur les langues et puissance émotionnelle, pour livrer une œuvre profondément bouleversante sur la perte et la résilience.

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