Ils sont votre épouvante et vous étes leur crainte
Département du 9-3, septembre 2005. Anna Doblinsky, jeune diplômée, rejoint son premier poste en collège à Certigny. HLM, zone industrielle, trafics de drogue, bagarres entre bandes rivales et influence grandissante des salafistes, voilà pour le décor. Anna est vite rappelée à sa judéité par l’antisémitisme ordinaire des élèves. Seul Lakdar Abdane, jeune beur particulièrement doué, sort du lot. Mais une erreur médicale, qui lui fait perdre l'usage d'une main, va tout bouleverser. Une fois enclenchées, il est des dynamiques qui ne s'arrêtent pas aisément, et la mort est parfois au bout. Commencé bien avant les émeutes des banlieues et le meurtre d'Ilan Halimi, ce roman dit des territoires de la République en train de sombrer dans la barbarie.
Mon commentaire :
J’ai été immédiatement captivé par ce roman, qui m’a rappelé pourquoi j’aime tant les récits où l’intrigue s’entremêle à une réflexion sociale profonde. Thierry Jonquet signe ici une œuvre rythmée, immersive et d’une actualité brûlante (roman paru en 2006), qui explore avec brio les mécanismes de la peur, des préjugés et des fractures sociales.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la complexité des personnages : aucun n’est tout blanc ou tout noir. Chacun porte en lui des contradictions, des failles et des histoires personnelles qui rendent leurs actions crédibles et poignantes. J’ai adoré cette approche nuancée, qui évite les clichés et pousse le lecteur à remettre en question ses propres jugements.
Le style réaliste de Jonquet, avec ses dialogues vivants et son alternance de points de vue, donne une impression de vérité saisissante. Le langage parfois familier renforce cette authenticité, et j’ai apprécié la façon dont l’auteur mêle suspens et réflexion sociale sans jamais tomber dans le didactisme. L’intrigue, bien que sombre, est porteuse d’espoir : elle montre que le dialogue et la rencontre peuvent briser les barrières de la méfiance. Un message fort, qui résonne avec mes attentes en matière de romans bien documentés, ancrés dans le réel et porteurs de sens.
Enfin, le titre, emprunté à la Bible, est une clé de voûte parfaite pour ce récit. Il résume à lui seul la peur réciproque qui alimente les tensions, mais aussi la possibilité de la dépasser.
En résumé : un véritable coup de cœur à découvrir ou à redécouvrir pour les amateurs de ce qu’on appelait le Néo-Polar








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